STOP GLYPHOSATE quelle est la situation en Nouvelle-Calédonie ?

Plus de 7000 litres de glyphosate sont utilisés en Calédonie. Cette molécule, découverte en 1950, est considérée comme « cancérogène » par le CIRC (centre international des recherches sur le cancer) et fait polémique en Europe. Qu’en est-il sur le Caillou ?

Le glyphosate est la molécule la plus utilisée dans les herbicides. Découverte en 1950, elle est devenue célèbre pour être le principe actif du roundup. Depuis que le brevet de Monsanto est tombé dans le domaine public dans les années 2000, des dizaines de sociétés fabriquent et vendent des herbicides à base de glyphosate. Les débats autour du glyphosate, herbicide le plus vendu au monde, sont intenses depuis le classement de la substance comme « cancérogène probable » en mai 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En Métropole, Le président français a déclaré que l’utilisation de l’herbicide controversé serait interdite en France « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans », alors qu’un vote des Etats membres de l’UE vient d’approuver une nouvelle autorisation pour cinq ans.

Qu’en est-il en Nouvelle-Calédonie ?

Dans un récent communiqué, l’UFC Que Choisir Nouvelle-Calédonie indiquait :

« que les produits phytosanitaires sont vendus un peu partout aux jardiniers amateurs, dans les magasins spécialisés, les magasins de bricolage, les commerces d’alimentation et les bazars, trop souvent sans conseil à l’appui. Ses bénévoles ont ainsi visité 4 magasins spécialisés et 4 magasins de bricolage pour prendre la mesure des conseils et des informations donnés pour résoudre des problèmes courants d’entretien du jardin. Le constat est affligeant : un marteau pour écraser un mouche ! L’association constate une méconnaissance totale des produits : à la préconisation du « tout chimique », en passant par l’ignorance des précautions d’emploi, il est très difficile de « jardiner écologique » en suivant les conseils des vendeurs. Les magasins qui proposent des produits phytosanitaires aux particuliers doivent dès à présent former sérieusement leur personnel. Le Roundup ou le glyphosate, présents dans les 8 magasins et dans la plupart des grandes, moyennes et petites surfaces, sont proposés trop facilement. Compte tenu de la toxicité du glyphosate, sa version agricole (très concentrée) doit être retirée sans délai de la vente aux particuliers. Le consommateur doit se préoccuper de sa santé, de celle de ses proches, ainsi que de son impact sur l’environnement. On ne brûle pas sa maison pour en chasser les souris ! A lui d’insister auprès des vendeurs pour avoir une solution alternative aux pesticides chimiques, en particulier au glyphosate. A défaut, il changera de magasin et réservera son achat à un professionnel soucieux de la santé de ses clients et respectueux de l’environnement ».

Pour une interdiction « progressive »

Aujourd’hui, la DAVAR comme les associations environnementales sont unanimes. L’interdiction de vente de l’herbicide doit se faire de manière progressive. En parallèle, les consommateurs et agriculteurs doivent être tenus informés.


Le GLYPHOSATE en question

Le glyphosate, c’est quoi exactement ?

Le glyphosate est une molécule chimique, aux puissantes propriétés herbicides, brevetée, fabriquée et commercialisée par la multinationale américaine Monsanto, à partir de 1974, sous la marque Roundup.
Dans le domaine public depuis 2000, le glyphosate est aujourd’hui le désherbant le plus vendu dans le monde, avec 720 000 tonnes écoulées par an. Il entre dans la composition de 750 produits, fabriqués par 90 firmes agrochimiques.

Son usage obéit à des modes opératoires très différents selon les pays et les continents. Usage massif, sous la forme de traitement aérien imprégnant, dans des plaines immenses, les monocultures de plantes (soja, maïs, coton, riz, colza…) sont un modèle d’agriculture hyperintensive qui sévit en Argentine, Brésil, ÉtatsUnis, sous l’impulsion de Monsanto, dont les semences OGM couplées au Roundup ont été présentées aux agriculteurs comme la solution miracle. En France, et dans la plupart des pays européens (à l’exception de l’Espagne, du Portugal qui cultivent du maïs transgénique), le glyphosate est utilisé à doses beaucoup plus faibles, non pas sur les cultures en place, mais pour préparer le terrain à leur implantation.

La France utilise-t-elle beaucoup de glyphosate ?

« En France, le glyphosate fait partie, avec le soufre, des deux substances phytosanitaires les plus vendues », souligne l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Environ 9 000 tonnes sont utilisées chaque année : pour un usage agricole (7 000 tonnes) et pour un usage en jardin (2 000 tonnes). Les agriculteurs sont les plus gros utilisateurs. Mais pas les seuls : les jardiniers amateurs, l’Équipement pour l’entretien des routes, la SNCF pour l’entretien des voies ferrées pulvérisent ou ont pulvérisé du glyphosate. Les communes avaient aussi l’habitude de recourir au glyphosate pour entretenir leurs espaces verts. Ce n’est plus le cas depuis le 1er janvier 2017, date à laquelle l’usage des phyto est interdit en ville, en application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Le glyphosate est-il dangereux pour la santé humaine ?

Le sujet fait l’objet d’une âpre bataille d’experts. Le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), classe le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme ». « Sur la base de 350 études scientifiques indépendantes », insiste la journaliste Marie-Monique Robin, dans son dernier livre enquête Le Roundup face à ses juges.
Le 12 novembre 2015, l’Agence de sécurité alimentaire européenne (Efsa), estime qu’ « il n’y a pas de lien de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancer chez les humains ». Elle considère aussi que le glyphosate n’est pas un perturbateur endocrinien. Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), soupèse à son tour les risques liés à l’usage du numéro un mondial des herbicides. Oui, concède l’Echa,
le glyphosate est « une substance causant des lésions oculaires graves, toxique sur le long terme pour les organismes aquatiques ». Non, contrebalance-t-elle, cette matière active « n’est pas cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ».

De son côté, le 12 février 2016, l’Anses déclare ne pas disposer de suffisamment de preuves pour classer le glyphosate comme substance potentiellement cancérogène pour l’homme. « L’ensemble des agences de sécurité sanitaire ont tranché : le glyphosate est sûr pour le consommateur comme pour l’utilisateur », se réjouit l’association ForumPhyto, centre de ressources de la filière fruits et légumes sur les produits phytosanitaires. Pas si simple.

Le 27 novembre, les Etats membres de l’UE ont autorisé le renouvellement de la licence du glyphosate pour cinq ans, après deux ans de discussions sur le sort de cet herbicide.

 

Quels sont les indices qui accablent le glyphosate ?

De nombreuses études ont démontré l’effet néfaste des herbicides à base de glyphosate sur la division cellulaire. En 2002, le professeur Robert Bellé, au sein de la station biologique de Roscoff, a mis en évidence « l’effet génotoxique et donc cancérigène probable » du glyphosate sur l’embryon de l’oursin. En 2017, l’équipe de recherche de Christian Vélot, généticien moléculaire à l’Université Paris sud, l’a constaté, avec de très faibles doses de Roundup, sur le métabolisme des cellules de champignons du sol. En 2012, Gilles-Eric Séralini a observé, chez des rats exposés à l’herbicide de Monsanto, une augmentation significative de la fréquence des tumeurs.…

… , D’autant plus inquiétant qu’une enquête de Générations futures a mis en évidence des traces de glyphosate dans des aliments (légumes secs, pâtes, céréales du petit-déjeuner) produits en France ou importés.  » Nous sommes tous contaminés ! « , s’est alarmé l’ONG, …

… après avoir détecté du glyphosate dans 100 % des urines analysées au sein d’un échantillon de 30 personnes. Sur son site, Monsanto se veut rassurant :le glyphosate a uniquement été détecté, en très faibles proportions, dans seulement 12 % des produits alimentaires européens testés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Les résidus de glyphosate qui peuvent être présents dans la nourriture s’y trouvent en si faibles quantités qu’ils sont à peu près équivalents à quelques gouttes d’eau dans une piscine olympique.

Le glyphosate est-il dangereux pour l’environnement ?

500 pesticides sont présents dans les cours d’eau français. Le glyphosate, en hausse constante depuis 2011, et l’ampa (acide aminométhylphosphonique), le métabolite issu de sa dégradation, sont les deux molécules les plus détectées dans les cours d’eau français depuis 2009, observe dans son rapport de novembre 2015, le Commissariat général du développement durable (CGDD).
Autre danger : l’apparition de mauvaises herbes résistantes. Une réalité observée dans les pays (Amérique du Sud, Amérique du Nord, Asie) où règne la monoculture de plantes transgéniques. « L’usage répété du glyphosate sur une même parcelle entraînera inévitablement la sélection d’une flore résistante », s’alarment, dès 2009, Arvalis, Coop de France et les chambres d’agriculture.

Comment font les AGRICULTEURS BIO pour se passer de glyphosate ?

L’agriculture biologique, dont le cahier des charges interdit les pesticides de synthèse, démontre qu’il existe des alternatives au glyphosate :

? Diversifier les cultures qui se succèdent sur une parcelle pour éviter la sélection de mauvaises herbes spécifiques d’une culture.

? Le couvert végétal est broyé mécaniquement, puis mélangé avec la couche superficielle du sol pour servir d’engrais vert avant un labour à vitesse lente qui enfouit les graines indésirables sans déstructurer le sol.

? Deux binages assurent la maîtrise de l’enherbement tout au long du cycle cultural.

? Il faut beaucoup observer ses cultures et être à l’affût de la bonne fenêtre m

étéo », pour scalper les mauvaises herbes par temps sec.

? Puiser dans le sac des astuces agronomiques : décaler la date de semis, réaliser un faux semis pour faire lever les mauvaises herbes et s’en débarrasser dans la foulée…

Peut-on aller vers le ZÉRO pesticide ?

Sorti des alambics sulfureux de Monsanto, le glyphosate cristallise l’hostilité croissante de la société contre l’ensemble des pesticides chimiques, dont le procès à charge se nourrit de plus en plus de preuves accablantes. Plus d’un million de personnes dans toute l’Union européenne ont signé une initiative citoyenne européenne pour réclamer l’interdiction du glyphosate. Cette interdiction ouvrirait la voie à l’interdiction définitive des insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. À l’interdiction des pesticides perturbateurs endocriniens. À l’interdiction des
« nombreuses molécules classées cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques, qui sont encore utilisées par les travailleurs agricoles », pointe Phyto-Victimes, l’association d’aide aux professionnels victimes des pesticides fondée par le céréalier charentais Paul François.

C’est un choix de société, soit on privilégie la santé humaine, soit on privilégie les intérêts de l’agriculture productiviste.